← la Macocha Abyss et les grottes de Punkva guide

EXPLORATION

Karel Absolon et l'exploration du karst morave

Comment des générations de spéléologues, et une scientifique déterminée, ont transformé un sombre labyrinthe de calcaire en les visitables grottes de Punkva et cartographié l’abîme qui s’étend en dessous.

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Un labyrinthe qui se méritait

Les grottes de Punkva ne se sont pas simplement ouvertes aux visiteurs ; il a fallu les découvrir, les relier et les rendre praticables, souvent à travers des passages noyés et des salles obstruées. Pendant longtemps, les différentes parties du réseau n'étaient connues que séparément — une grotte ici, un gouffre là, le grand abîme au milieu — sans que personne ne sache avec certitude comment, ni même si, elles communiquaient sous terre. L'histoire du site est donc aussi celle d'une exploration : celle d'hommes et de femmes prêts à patauger, creuser, plonger et attendre la fin des crues pour tracer le parcours réel de la rivière Punkva une fois qu'elle disparaissait dans la roche. Ce qui est aujourd'hui une visite guidée confortable, ponctuée d'une promenade en bateau, repose sur des décennies de travail autrement moins confortable accompli par les spéléologues qui ont cartographié les ténèbres les premiers.

Le rôle central de Karel Absolon

Le nom le plus souvent associé à cette entreprise est Karel Absolon (1877–1960), un scientifique morave — géographe, archéologue et spéléologue — dont les travaux sont largement reconnus pour avoir ouvert le système de Punkva et stimulé l’exploration de la Macocha Abyss et des grottes environnantes au début du vingtième siècle. Absolon est généralement considéré autant comme un organisateur énergique et ambitieux que comme un chercheur, un homme qui s’est acharné à rendre ces grottes accessibles et célèbres. Il est logique qu’il soit originaire de la région : son grand-père était lui-même un naturaliste local réputé, et Absolon a grandi au plus près du paysage dans lequel il passerait une grande partie de sa carrière sous terre. La transformation d’un réseau fluvial caché en attraction visitable doit énormément à sa détermination.

Atteindre le fond de l'abîme

L'un des objectifs majeurs de l'exploration était la Macocha elle-même — non pas seulement l'observer depuis le bord, mais comprendre ce qui se trouvait à sa base et où la Punkva poursuivait son cours. Atteindre et étudier le fond de l'abîme, avec son lac et les galeries noyées qui en partaient, relevait d'une entreprise sérieuse, compte tenu de la profondeur et de l'eau en jeu. Les premières tentatives pour sonder ces gouffres et les relier aux grottes fluviales furent laborieuses, et la vision complète du réseau s'est dessinée progressivement, plutôt que par une découverte unique. Ces travaux d'exploration sont généralement associés aux premières décennies du XXe siècle, période où l'abîme est passé d'un trou vertigineux au cœur de la forêt à une portion étudiée, cartographiée, d'un réseau souterrain interconnecté.

De l'expédition à la croisière en bateau

L'héritage pratique de toute cette exploration, c'est la visite elle-même. Une fois les passages de la rivière tracés et les connexions comprises, il est devenu possible d'acheminer les visiteurs à travers les grottes et, surtout, le long de la Punkva souterraine en bateau — une traversée datant de 1920 qui reste aujourd'hui le moment fort. En d'autres termes, l'expérience touristique est l'héritière directe des campagnes d'exploration : le chemin que vous empruntez et l'eau que vous traversez ont été cartographiés par des hommes qui n'avaient aucune carte à suivre. Cette continuité est facile à oublier lorsque la visite moderne semble si bien ordonnée. Il vaut la peine de se rappeler, au débarcadère, que quelqu'un a dû trouver cette rivière dans l'obscurité avant que quiconque puisse la parcourir dans le confort.

Une tradition spéléologique qui se perpétue

L’exploration du Karst de Moravie ne s’est jamais vraiment achevée. La région recèle plus d’un millier de grottes répertoriées, et spéléologues comme scientifiques n’ont cessé de cartographier les galeries, de plonger dans les sections noyées et de sonder le réseau sous les parties ouvertes au public — y compris les eaux bien en dessous du lac visible au fond de l’abîme. Ce travail de longue haleine reste largement invisible aux visiteurs, mais c’est lui qui ne cesse d’approfondir notre connaissance du karst. Les grottes ouvertes au public ne sont qu’une fenêtre réduite et soigneusement gérée sur un monde souterrain bien plus vaste, encore incomplètement connu. Lorsque les guides racontent l’histoire du site, ils ne décrivent pas un chapitre clos, mais la surface visitable d’un paysage que l’on continue, plus discrètement, d’explorer.

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